Cet article a été publié par le Kerrang Music Magasine en 1984 (Angleterre)

Il est signé Chris Welch.

Cet article donne un certain nombre d'informations sur l'éclatement de Grand Funk et répond à beaucoup de question sur pourquoi les critiques ont tué GFR, pourquoi les historiens du rock ont oublié le plus grand groupe de rock de tous les temps et pourquoi il est presque impossible de trouver leurs disques en Europe. Il n'y a pas si longtemps, n'importe quel disquaire avait Led Zeppelin, Black Sabbath, Jimi hendrix et Deep Purple dans ses rayons. Le présent article a été écrit par le journaliste Chris Welch, qui ne semble pas porter GFR dans son c?ur, mais qui semble très impressionné par leur popularité. (Webmaster).

Cet article a été initialement publié dans 'The Mailing List' par Mark Butler en coopération avec Rick Capetto.

L'une des sagas la plus étrange dans l'histoire du Heavy metal est l'ascension puis la chute de Grand Funk Railroad. Il a été injurié par la critique, malmené par l'industrie du disque, et on s'en souvient toujours plus à cause de son image que de sa musique. Mais il a vendu des millions d'albums, tourné dans tous les pays du monde, et gagné le support inconditionnel d'une foule de fans. Beaucoup ont souffert de la manière dont il a été
vendu par son manager Terry Knight. Déjà GFR avait crée le marché du pur Heavy métal. Oublié aujourd'hui, il n'est pas si loin le temps ou il était regardé comme le géant de la scène américaine. La première fois que Led Zeppelin est venu au U.S.A en 1969, on leur a dit qu'en jouant leurs bonnes cartes, il pourrait faire tomber la puissance de GFR. Il n'y avait jamais eu de groupe capable de jouer aussi longtemps une musique aussi forte.
Rod Stewart avait surnommé le groupe 'grand bruit blanc', le Rolling Stone magasine trouva sa musique misérable.
Les victimes de ces abus furent Mark Farner (guitare, chant), Mel Schacher (basse), Don Brewer (batterie). Plus le dédain à leur égard montait, plus les ventes de disques montaient. Saisi dans une critique anglaise : ils sont tous mauvais, mais le pire de tous c'est Brewer, dont le jeu de batterie est tellement terre à terre que cela en est risible?les riffs qu'ils jouent sont simples à l'extrême, frisants la monotonie. Le chant est plat, mais heureusement pas trop long avant d'affreux solos de guitare?Mais étaient-ils vraiment si mauvais ? et les levées de boucliers contre le 'HYPE' ne nous en apprennent-ils pas beaucoup plus sur les habitudes des sixties que sur Grand Funk Railroad ?.
En regardant cette époque, il y avait une certaine hypocrisie à l'encontre de l'industrie du disque de la part des autres industries quand il s'agissait de faire la promotion d'un produit. Aujourd'hui ce secteur d'activité est devenu très sophistiqué et efficace, et maintenant tout le monde l'accepte, parfois même l'admire. Après l'effondrement du marché du disque qui commença en 1977, ceux qui arrivent à bien se vendre, comme Def Leppard ou Wham ! sont regardés comme des sauveurs. Personne ne se plaint plus de la publicité à outrance maintenant, mais beaucoup de groupes ressentent de l'amertume s'il n'obtiennent pas leur part du gateau.

La première fois que j'ai entendu le mot 'Hype' utilisé en parlant de Grand funk est lorsqu'il apparut en 1969. La définition du dictionnaire parle, pour le mot 'Hype' de : déception, racket ou publicité tapageuse. Le dictionnaire décrit aussi la prise de drogue avec une seringue. En dépit de la richesse des groupes en Angleterre à la fin des années 60, beaucoup de critiques et de fans prirent leurs informations et leur façon d'être aux U.S.A, et quand la nouvelle fut répandue que GFR était un 'Hype', le groupe se retrouva damné avant même d'avoir joué une seule note chez les Anglais, ni que même un album fut sorti chez eux. Ce qui mit la terre entière à dos de Grand Funk, fut la manière dont les médias et le public furent manipulés pour accepter un groupe qui n'était pas très bon. Mais tous les 'Hype' du monde ne peuvent pas fabriquer l'enthousiasme des jeunes américains pour Mark, Don and Mel. De toute façon les fans ne s'occupent pas de la distribution de disque et ne lisent pas non plus les petites lignes des contrats commerciaux. Tout ce qu'ils ont vu c'est un tout nouveau, jeune et enthousiaste groupe jouant leur hard rock dans les arrières cour et finalement au festival du coin. Grand funk apparaît quand les Beatles s'arrêtent, quand les Stones sont éclaboussés par le désastre d'Altamont, où un fan a été tué, et quand la musique était aux mains de compositeurs et de chanteurs de variété. La première vague de rockers U.S en avaient marre de l'alcool, de la drogue et du star système. Ils voulaient juste s'asseoir, tendre la main à leur prochain et chanter des chansons????

La nouvelle génération veut quelque chose d'excitant. Led Zeppelin était sur la bonne voie mais GFR y est arrivé le 1er. L'écho de leur fulgurant succès résonne encore aujourd'hui, comme les radiations souterraines d'un big bang. Et le centre de l'explosion fut Detroit, Michigan, location de beaucoup de groupes ayant participé à la création du heavy metal blanc. Cela inclus Mitch Ryder, MC5, Alice Cooper et les Stooges . L'essence même de ces groupes était le volume (des amplis), des riffs de guitare lourds, un incroyable comportement, et dans la mesure du possible un message de révolte juvénile porté par l'image et la chanson. Lieu commun ? c'est un sujet éternel, mais GFR et Terry Knight l'ont enveloppé dans le style hollywoodien, et pratiquèrent le bourrage de crâne. C'était un mouvement né du désespoir et tant que leur situation fut pourrie par des procès, ça payait généreusement pour le groupe et leur manager.

Parmi les disques au plus fort succès, sitons : 'Caught in the act', 'Grand Funk', 'Closer to home', 'E pleribus Funk', 'Survival'. Ils ont également fait un hit avec 'We're un américain band', produit par Tod Rungren en 1973, et salué comme l'une de leur meilleure chanson. Ils habitaient à Flint, Michigan. Mark est né le 29 septembre 1948, Don le 3 septembre 1948, Mel le 8 avril 1951 à Owosso, Michigan. Ils jouaient tous dans différents autres groupes. Mark a rejoin Don dans The pack. Le chanteur de ce groupe était Terry knight. Terry était à l'époque disc-jockey dans une radio de Detroit. Il passait beaucoup de disques anglais, surtout les Stones et les Animals. Il n'avait que 20 ans et fier de son âge, mais fut finalement viré de la station. Il se servit des Pack comme un faire valoir. Terry knight and the pack avait un petit tube local, mais le chanteur se brouilla avec le reste du groupe incluant à présent Graig Frost.

Terry décrivait lui-même la bande comme un Rolling Stone au rabais. Mais ils enregistrèrent quand même chez Cameo-Parkway record, le label de Chubby Checker. Un de leurs simples fut une reprise de "I(who have nothing)". Quand le groupe se sépara, découragé par l'insuccès et le caractère de Terry, Terry tenta de monter une revue et parti sur la route avec une troupe de Go-Go-Girls. Plus tard il essaye de chanter à la manière de Donovan, s'accompagnant d'une guitare acoustique. Il essaya de retourner chez Cameo-Parkway pour trouver du boulot, mais l'entreprise était maintenant menée de mains de fer par Allen Klein. Il partit alors pour Cape Cod, Massachusetts, et appela les Pack. Don Brewer qui avait gardé les Pack ensemble depuis 1968, décida de former un autre groupe. Mel Schacher (de Mark and the mysterians), vint jouer de la basse et ils appelèrent le trio : Grand Funk Railroad, inspiré du fameux train américain : The Grand Truck.

Don Brewer appela Terry pour lui faire écouter son nouveau groupe. Ce dernier fut très impressionné. Toutes les frustrations et les sentiments refoulés pouvaient maintenant se réaliser en devenant le manager du groupe. Comme le groupe mourrait littéralement de faim, Terry emprunta 5000$ et paya les séances de studio nécessaires à l'enregistrement de 'Heartbreaker' et 'High on a horse'. Il organisa aussi le 1er concert à Buffalo, New york, au printemps 1969.

Terry prenait en charge tous les aspects de leur activité. Il était leur attaché de presse, donnait des interviews à leur place, payait les enregistrements et organisait les concerts. Mais hélas, aucune compagnie de disques ne voulait d'eux. Pendant ce temps, Terry prit un job sur la tournée de Twiggy. Mais cette apparente ignominie eut un effet inattendu. Le mari de Twiggie s'appelait Justin de Villeneuve et quand il entendit le maître de cérémonie jouer de la guitare, il appela son copain Mc Cartney pour lui parler de ce talent inconnu. Terry reçu une invitation pour Londres, mais lorsqu'il arriva les Beatles étaient sur le point de se séparer. Il n'y a pas eu d'aide directe des Beatles, mais juste le fait d'intéresser Capitol dans le rachat des bandes master et éventuellement de négocier une signature. Le grand changement s'opéra lorsqu'ils jouèrent au festival d'Atlanta le 4 juillet 1969. Ils jouèrent gratuitement devant 180.000 personnes à un volume considérable. Juste au moment ou les critiques admirent que dorénavant le rock deviendrait mature, sophistiqué et installé, Grand Funk apparut comme un chien dans un jeu de quille, avec toutes les conséquences qu'on imagine. Les jeunes les aimaient. Les longs cheveux flottant au vent, Mark, Mel et à un autre niveau Don, bondissaient sur scène dans des positions de macho. Les aficionados de James Taylor étaient outrés. Mais bien que les critiques essayèrent de faire croire qu'il ne s'agissait pas d'un 'bon' heavy metal, les fans ne mordirent pas à l'hameçon. Tous les groupes ont leur jour. Et c'était le jour de Grand Funk. Il s'abattirent tel un éclair. Les stations de radio refusèrent de jouer leurs chansons et la presse était hostile, aussi Terry knight répliqua, en détournant intelligemment la situation, que si l'Establishment était contre lui, alors Grand funk (avec ou sans Railroad), deviendrait le groupe du peuple.

Leur premier album fut 'on time'. Je me suis laissé dire que Capitol avait détruit 30.000 pochettes de disques quand Terry Knight leur a dit qu'il n'aimait pas le design. En dépit du manque de passages radio, l'album devint disque d'or et s'éleva dans le Top U.S à la fin de l'année. Ils ont aussi eux 2 hit en 45 tours : ' Time machine' et 'M. Limousine driver'. En Angleterre sortirent en simples : 'Paranoïd' et Mean mistreater', entre 1970 et 1971, tandis que les albums 'Grand Funk', 'Closer to home' et 'Live album' devenaient disque d'or au U.S.A. La même année sortit 'Survival', ou les 3 acolytes étaient habillés comme des hommes des cavernes, mangeant de la viande crue et des vieux os autour d'un feu. Au premier abord on a l'impression qu'ils n'ont vraiment pas une once du charisme nécessaire pour être une rock star.

David Marsh les a décrit comme l'archétype des groupes de rock du Middlewest, cheveux longs, impolis, pas violents mais effrontés. En fait c'étaient des mecs sympa, fiers de leurs humbles origines, et déterminés à réussir comme des myriades d'autres groupes de Rock and roll. Don a été membre des 'Jazzmaster', Mel de 'Question Mark and the mysterians' et Mark a fait partie des 'Bossmen' avec Dick Wagner. Il a troqué la basse contre la guitare et ainsi tout le monde a eu sa part de galère et d'apprentissage. Ils ont du être en même temps ravis et terrorisés lorsque Terry Knight les a mis en portrait sur Times square : une affiche de leur visage de 60 pieds de haut sur 2 immeubles, pour un coût total de 100000 dollars. Et ils ont du rougir lorsqu'ils ont vu la publicité les décrivant comme les catalyseurs de la nouvelle génération. Mais si les gens ont ragé pour la pub, il s'est quand même vendu des millions d'albums : 3 disques d'or, dont 'Closer to home' qui est monté au Top ten des 10 meilleurs ventes de tous les temps au moment de sa sortie.

Le 10 décembre 1970, ils ont joué au Madison square garden pour 2 concerts dont les billets ont été vendus en 2 jours. Juste pour embêter le monde, le groupe a refusé tout interview la 1ère année de son succès, prétextant que cela n'était pas dans leurs principes. En fait il s'agissait d'une partie de leur stratégie. Lorsque quelqu'un voulait écrire sur eux, il était obligé de se rabattre sur le dossier de presse. En 1971, le groupe vend 5 millions d'albums de 'E pluriblus funk', sorti en novembre, hissé à la 3ème place du Top américain et ce pour 30 semaines. La même année, le groupe vends les billets de ses 2 concerts au 'Shea Stadium' en moins de temps que les Beatles - 3 jours au lieu de 3 semaines. La musique devenait de plus en plus bruyante, les paroles flirtant avec la mort, le destin, le pessimisme, les groupies, les fusils et les motos.

L'argent pleuvait littéralement et ainsi sortirent un album en forme de pièce de money. Il changèrent l'intitulé de la pièce : 'E pluribus Unum' : 'un pour tous' en 'E pluribus Funk' qui veut dire '(Grand) Funk pour tous'. Par cet acte le groupe ne semblait pas disposé à arrêter les hostilités avec les médias. Quand ils ont été traités de pacotille et ennuyeux, ils se sont justifiés en répondant que les journalistes étaient jaloux de ne pas les avoir découverts. Leur manager expliqua combien leur charisme fonctionnait sur les gens. Terry proclama : " Nous sortons les enfants de leur quotidien et de chez leurs parents, et nous les emmenons là ou la réalité n'est plus que musique et rythme. La politique du groupe était : " Nos concerts sont d'immenses 'Party', où tout le monde est un invité". En janvier 1971 le groupe joua au Royal Albert Hall à Londres et également à Hyde park pour un concert gratuit en juillet 1971. Ils tournaient à cette époque avec HUMBLE PIE en 1ère partie. Cette tournée passa par Paris, puis l'Italie où les bombes lacrymogène accompagnaient leurs riffs hard rock.

Je les ai vu pour la 1ère fois à Hyde park, n'ayant pas été très impressionné, je ne devins donc pas un enragé. Par contre j'étais très influencé par les articles négatifs des critiques, et je ne voulait pas déroger à la règle dans mon propre article, d'autant plus que j'ai trouvé Humble Pie meilleur que GFR, Peter Frampton et Steve Mariott déménageant beaucoup plus que Mark et Mel. Humble Pie jouait encore plus fort. Je n'ai pas pu rencontrer Grand Funk car les stars étaient enfermés dans leur caravane. Mais le groupe avait l'air particulièrement heureux, détaillant la scène immense qui rendait la batterie et la pile d'ampli à l'état de jouet.

Il dirent plus tard qu'ils avaient aimé le concert et l'atmosphère de Londres, à l'exception de l'un d'eux qui se plaignit du taux de monoxyde de carbone dans l'air. Je pensais que le milieu de Hyde Park était le lieu le mois pollué de la ville. Dans mon article j'avais écrit : " Ils ont joué une tonne de riffs quelconques où seules les émotions étaient lourdes ". Mais j'ai été probablement un peu trop sévère .Comparé aux horreurs produites au nom du Rock and roll, ils auraient été comparés à un groupe majeur si nous pouvions être de retour en cet ensoleillé jour d'été. Autant qu'il m'en souvienne, le batteur jouait aussi vite qu'il pouvait, pendant que Mark bondissait sur un frêle orgue. La foule était immense - comme il se doit pour un concert gratuit - bien qu'il y avait très peu de photographes ou de journalistes. J'étais d'ailleurs tout seul dans le box de presse, le manager d'Humble pie m'ayant assuré cette bonne place.

Grand Funk insista pour que la sécurité soit le plus serrée possible, mais je réussi à arrivé dans la voiture d'Humble pie et à ma faire passer pour quelqu'un du personnel d'encadrement. Parmi les personnes connues à ce concert citons Alexis Corner et Andy Frazer du groupe 'FREE'. Tous les deux semblaient plus intéressés par Humble pie. Le groupe qui ouvrait le concert était HAND AND FEET, avec Albert Lee à la guitare. Ca ne s'est pas très bien passé pour eux. Courtoisement Terry Knight présenta Humble Pie qui essayait de renouer le contact après un long moment d'absence à l'étranger. Ils ont bien joué, mais le public était impatient de voir la tête d'affiche. La musique de 2001 l'Odyssée de l'espace introduisit GFR sur scène ce qui provoqua un accueil tumultueux. Le son fut bon pendant quelques minutes ce qui peut parfois être un exploit avec les sonorisations actuelles.

Tandis que le groupe était en pleine action, je demandais à un fan ce qu'il en pensait, et je fut sidéré par sa réaction. " C'est le plus excitant de tous les groupes que j'ai vu ! " dit ce jeune fan de 23 ans "beaucoup plus que Emerson, Lake and Palmer ". Ce n'était pas l'avis de la copine de Greg Lake qui se tenait à bonne distance des baffles. " Ecoute ce riff de basse, c'est exactement ça ! " Bien qu'ayant intewiever un vrai fan, les articles sont toujours réécrits par la presse du dimanche, aussi n'ai-je mentionné comme fan que M. David Phillips, qui doit être maintenant un personnage important de la Thames télévision.

Le problème fut également que certains Hells Angels ont commencé à bousculer une palissade et à cracher sur les policiers pendant que le groupe jouait 'Gimme shelter'. Ces événements ont été filmés par une équipe qui employait des extra portant des insignes 'A bas la bombe'. Les bandes ont été dispersées à coup de pieds par les Hells Angels furieux, sous mes yeux éberlués.

La même année le groupe s'est séparé de son manager, embarrassés par la publicité ravageuse et sans doute alarmés par le partage du butin. Ce fut l'époque du 'poursuis-moi, je te poursuis'. N'existant rien de pire qu'un manager se sentant abusé, Terry Knight rumina sa vengeance.

L'acte judiciaire étant rédigé, Knight tenta de bloquer les futurs progrès du groupe. Il arriva à ses fins en décembre 1971, après la sortie de 'E pluribus Funk'. Il saisit leur équipement et prévint les tourneurs des actions légales qu'il pouvait entreprendre au cas où ils organiseraient des concerts de GFR, et rappela au groupe qu'il était propriétaire de leur nom. Il était très bouleversé par ce qu'il considérait comme une trahison et les poursuites continuèrent jusqu'en 1972.

Qu'est-ce que groupe pensait à présent de leur manager, après l'avoir considéré un temps comme leur ange gardien ?

Mark Farner dit : " Nous savions que Terry pouvait être un bon manager car il a toujours su trouver les mots grâce à son sens inné du baratin. Il était capable de faire la promo de n'importe qui. Il faut d'abord être connu et entendu avant que les gens se déplacent pour vous voir. "

A la fin de l'année 1972, le groupe était de retour sur la route avec un nouveau manager, Andy Cavaliere, qui fut d'abord leur roadie. Greg frost était maintenant un membre à part entière du groupe, ayant joué sur plusieurs albums. Leur musique était maintenant d'une humeur plus relax, et cherchèrent à acquérir plus de crédibilité en travaillant avec des producteur haut niveau. Ils font donc leur rentrée sans Terry derrière eux à la 'Seattle Arena' le 12 octobre 1972. Ils venaient d'enregistrer 'Phoenix', sensé symboliser le nouveau GFR, se relevant de ses cendres. Seattle fut le 1er d'une série de 40 concerts passant Noël au Madison square Garden et le jour de l'an à Las Vegas.

Dans ces concerts on pouvait entendre entre autres 'Heartbraker', 'I'm your captain', 'Rock'n'Roll soul'. Mark Farner était la star, portant un pantalon de velours vert citron et torse nu et velu. Il remuait ses grand cheveux en faisant des allez et retour de la scène, tandis que Mel passait son temps à avancer et reculer en serrant sa basse. L'audience qui avait maintenant au moins une quinzaine de mois de plus que la dernière fois qu'elle avait vu GFR, regardait calmement le spectacle, se demandant peut-être ce qu'elle avait bien pu leur trouver avant .

Le second spectacle a été beaucoup mieux reçu et le solo d'orgue de Greg dans 'Heartbreaker' tomba à pic.

Quand arriva le point culminant avec 'Closer to home' et 'Rock'n'Roll soul' , l'audience se tenait sur ses pieds criant 'encore !'. Mais il n'y avait seulement que 4000 personnes, et la période de repos de 9 mois semblait avoir clairement affaibli le groupe.

Un des spectateurs de leur come-back à Seattle était leur ancien manager Terry Knight. Celui-ci n'en avait rien à faire, mais voulait quand même savoir comment le groupe se débrouillait sans lui. " C'est à peu près la même chose que lorsque les gens s'arrêtent pour regarder un accident. Mon sentiment est que cette tournée est un accident. Dans mon esprit, les spectateurs sont comme des gens arrêtés sur le bord de la route pour voir les corps déchiquetés et les restes. Une fois vu, les gens ne reviennent plus le voir, mais continuent jusqu'à ce qu'ils voient un autre accident. Grand Funk après tout n'était qu'un accident et tout ce que les gens voient aujourd'hui sont les restes de cet accident. "
 
Terry était amer, mais le pire était à venir. Le groupe allait de l'avant pour finir au Madison Square Garden. Mais ce Noël 1972 allait être une période glauque pour GFR. 2 Jours avant les vacances, alors qu'ils préparaient la soirée au Garden, leur précédant manager arriva sur scène avec la police et un juge pour saisir tout leur matériel. Knight réclama au groupe 1 million de dollar lui appartenant, et leur matériel n'était qu'une partie de cette dette. Il poursuivit aussi la télévision qui se préparait à filmer le concert de GFR, le tour manager et le Madison Square Garden avec qui il voulait s'entendre pour partager la recette du concert. La défense du groupe fut de dire qu'il avait déjà tout donné à une ?uvre de charité, en l'occurrence The Phoenix House Drug, centre de réhabilitation pour anciens drogués. Insatisfait, Terry revint l'après-midi avec la police et arriva sur scène alors que le groupe répétait.
" Ils ne pouvaient pas croire que j'étais là. " dira plus tard Terry. " La cour suprême des Etats Unis m'ordonne de saisir votre matériel, M. Brewer. Je vais donc saisir votre batterie. "
La réponse de Brewer ne se fit pas attendre : " je vous préviens que si vous saisissez ma batterie, moi je vais saisir votre p?.. de tête. " Le batteur fut averti de ses droits et prévenu qu'il serait mit aux arrêts s'il faisait un pas. Ce tint alors une conférence sur-le-champ entre le groupe, Knight, le nouveau promoteur et le juge. Le shérif accepta que le concert ait lieu, mais le matériel serait saisi après. Les hommes de loi ont eu peur qu'une émeute n'intervienne à cause de l'annulation du concert en dernière minute. C'était vraiment un acte sans précédant dans les annales du Rock and Roll, et apparemment Knight pu réaliser son pillage du groupe sans violence, et même courtoisie.
Après le concert, les hommes de loi prirent leurs guitares des mains des musiciens. Ils prirent également les sangles, les cordes et les médiators. Brewer se vit confisquer sa batterie et toutes ses baguettes. Grand Funk retourna à la maison sans instruments et sans argent. Il avait aussi à rémunérer le promoteur de la tourner.

Le manager de Grand Funk accepta cette situation avec philosophie : " Terry Knight avait absolument le droit de faire ce qu'il a fait. Il a écorché la loi, mais en tant qu'américain, il était dans ses droits. " La raison pour laquelle ils ont accepter cette décision sans sourciller était qu'ils possédaient une réplique de tout leur équipement, batterie comprise, caché ailleurs et qu'ils avaient une autre tournée de prévue pour le début de l'année 1973 et que leur album venait d'être disque d'or. Cavaliere dit : " Ils vont continuer, plus forts qu'avant ". Knight revint à l'attaque en réclamant toutes les royautés de Mark Farner. " Quand j'aurais mon million de dollar, je serais content. " dit-il, " 1 million c'est mieux que de les voir se mettre en grève et dire on te donnera rien ".

Knight refusa de voir leur nouveau concert au Garden mais s'empressa de leur dire tout ce qu'il aurait pu faire pour eux s'ils étaient restés loyaux. " J'aurai pu en faire quelque chose. J'ai une carte de Noël d'Elvis et du colonel. Il y a une photo d'Elvis debout devant un micro habillé tout en rouge. C'est vraiment El Chapeo avec un arbre de Noël et le colonel Tom habillé comme le père Noël ".

" Ma femme Pia m'a dit : n'est-ce pas de l'hystérie ? " Je lui ai dit : " tu sais ce mec est capable de s'habiller en père Noël si le colonel Tom Parker le lui demande, parcequ'il est lié à vie. Et si Grand Funk n'avait pas cette envie d'être si important et pris si au sérieux, ils auraient pu être liés pour la vie. ".

L'année suivante, Terry regarda l'évolution du groupe pour savoir s'il s'en tirerait sans lui. Le groupe joua au Madison Square Garden devant 20.000 fans debouts sur leurs chaises pour les dévorer des yeux.

Le groupe s'est enrichit de meilleures compositions et maintenant quelques critiques loue leur présence sur scène et leur professionnalisme. Il utilise sur scène un drapeau américain composé de spots qui s'allument et s'éteignent pendant qu'il joue son hymne : 'We're an américan band'.

Sur un écran on peut voir un film sur le groupe, montrant chacun des membres dans son environnement naturel, une idée qui sera reprise dans le film de Led Zeppelin : 'The song remains the same'. Les Funk Men étaient vus sur des chevaux ou des motos, conduisant une voiture de sport blanche ou sur ski-nautique, parlant aussi de leur groupe favori.

Mark comprit pourquoi un traumatisme entachait sa carrière depuis que Terry Knight avait écrit en 1969 un morceau intitulé : 'The Grand Funk Railroad'. " J'avais la foi. C'est quelque chose qui dirige ma vie. Cela m'apporte beaucoup de satisfactions et je vais m'y accrocher. Quand j'ai commencé à jouer, je voulais juste boire quelques bières et jouer FORT. J'exprimai à travers des chansons ce que les autres ne pouvaient exprimer. Je pouvais faire ressortir ces choses en jouant fort. Quand le groupe à connu le succès c'était comme un rêve devenu réalité. "
 

En regardant en arrière la discographie de Grand Funk, on se rend compte qu'il pouvait jouer et chanter, s'acharnant et finalement pas si mauvais que certains ont voulu faire croire. Il n'a jamais été encensé pour une éblouissante originalité, mais il a toujours été sincère.
Le disque d'adieu 'Grand Funk Lives' réalisation de grande qualité signée Zappa et sur le morceau 'Queen Bee' on peut entendre le résultat d'une année d'effort exprimé avec fierté. La batterie de Don par exemple est à des années lumière de ses début, tandis que la voix et la guitare de Mark sont claires, précises et énergiques.
Mais c'était trop et trop tard.
Comme le dit la chanson de Chris Farlowe, Grand Funk était hors du temps.
S'ils avaient eu le génie commercial de Terry en même temps que les chansons actuelles, tout aurait été bien différent et certainement moins frustrant.
Chris Welch.